La situation humanitaire à Al Fasher, dans le nord-ouest du Soudan, atteint un niveau de gravité sans précédent. Selon Li Fung, responsable des droits de l’homme pour l’ONU au Soudan, la ville est devenue « une ville de deuil », rongée par des attaques répétées et une violence extrême contre les populations civiles.
Une explosion de violence ciblée
Depuis une dizaine de jours, les habitants d’Al Fasher vivent un véritable cauchemar. Les forces paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) ont intensifié leurs offensives, piégeant les civils, empêchant les évacuations et paralysant toute aide humanitaire.
Li Fung décrit une situation catastrophique :
« Les civils, qui ont survécu à 18 mois de siège et d’hostilités, subissent désormais des atrocités d’une ampleur inimaginable. »
Selon les témoignages recueillis par les équipes de l’ONU :
- Des centaines de civils, dont des femmes et des enfants, ont été tués ou blessés.
- Des personnes ont été attaquées alors qu’elles tentaient de se réfugier dans des écoles, des hôpitaux ou d’autres bâtiments publics.
- Des familles entières sont portées disparues, certaines ayant subi des violences extrêmes.
- Des membres du personnel médical, des humanitaires et des journalistes auraient été arrêtés ou retenus.
Violences sexuelles et attaques systématiques
L’ONU décrit un climat de violence « omniprésente » où les agressions sexuelles sont rapportées comme systématiques. Les attaques ne sont pas aléatoires :
Elles ciblent la « vie et la dignité humaines » et sont souvent motivées par l’ethnie, selon les analyses préliminaires.
Les personnes âgées, handicapées ou gravement malades sont particulièrement menacées, faute de voies d’évacuation sécurisées. Le blocage des routes humanitaires empêche toute aide médicale, alimentaire ou logistique d’atteindre les plus vulnérables.
Un appel urgent à la communauté internationale
Malgré des obstacles majeurs d’accès et de communication, le Bureau des droits de l’homme de l’ONU continue de documenter les violations.
Li Fung lance un avertissement clair :
« Al Fasher saigne, et le moment d’agir est maintenant. »
Elle appelle à :
- l’arrêt immédiat des hostilités ;
- la protection urgente des civils ;
- l’ouverture de corridors humanitaires sécurisés ;
- et la mise en place d’une justice pour les victimes des crimes documentés.
Un conflit qui déchire le pays depuis 2023
Depuis le 15 avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR).
Les multiples médiations africaines et internationales n’ont pas réussi à instaurer un cessez-le-feu durable.
Le bilan est déjà dramatique :
- Plusieurs milliers de morts ;
- Des millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays ou obligées de fuir vers les pays voisins.
Le 26 octobre, les FSR ont pris le contrôle d’Al Fasher, déclenchant un cycle de violences exacerbées et provoquant des massacres dénoncés par de nombreuses organisations humanitaires et civiles. Cette prise de la dernière grande ville du Darfour encore tenue par l’armée soulève des inquiétudes sur un risque de partition territoriale du pays.